Imaginons le cas d'une famille, avec un Père, une Mère, une fille ainée Camille et deux frères jumeaux Jean et Pierre. On considère la relation "doit obéir à" noté ≤. En supposant que les enfants sont mineurs, et que chacun doit obéir aux membres plus agés, on peut par exemple dire que tous les enfants sont soumis à l'autorité de leur parents ("Jean ≤ Père", "Camille ≤ Père" etc), que les jumeaux doivent obéir à leur aînée lorsqu'elle est chargée de les surveiller ("Jean ≤ Camille" et "Pierre ≤ Camille") ou encore qu'un membre s'auto-commande lorsqu'il doit prendre ses propres décisions ("Jean ≤ Jean"). Ainsi, comme pour la relation d'équivalence, cette relation est symétrique (chacun est maître de soi) et transitive (par exemple Jean se fait commander par Camille, Camille se fait commander par sa Mère, et Jean se fait commander par sa Mère) mais pas symétrique : si un premier membre commande un second membre, ce second membre ne peut réciproquement commander le premier... sauf si on reprends le cas où on parle d'un membre soumis à sa propre autorité. La relation est dite antisymétrique...
Soit un ensemble et une relation sur cette ensemble. On dit que est une relation d'ordre sur si et seulement si elle possède les trois propriétés suivantes :
L'ensemble muni de la relation , que l'on note , est alors dit partiellement ordonné ou plus simplement ordonné. Remarquons que si on prend alors il est clair que est aussi partiellement ordonné. Par abus de notation, on écrit aussi la restriction cette relation à .
On utilise les écritures et le vocabulaire suivant, pour une relation d'ordre :
Remarque : En fait, on verra que correspond à une relation d'ordre strict, par opposition à l'inégalité large .
Lorsque l'on prends deux membres de la famille, il arrive que l'on ne puisse dire qui doit obéir à l'autre : c'est le cas des parents. Dans le cas contraire, on dit que les éléments sont comparables :
et sont comparables ⇔
Gardons notre famille de cinq membres, et comparons-là avec deux généraux, un colonel et deux soldats. Bien que l'ensemble d'individus soit différents, les relations de commandement sont alors exactement les mêmes, en considérant que les parents sont les généraux, la fille le colonel et les jumeaux les deux soldats. A l'aide d'une application bijective entre les deux ensembles d'individus, on a pu passer d'un ensemble ordonné à un autre...
Soient et deux ensembles ordonnés, et une application. Alors est un isomorphisme d'ordre, si et seulement si :
On dit alors que et sont isomorphes, et l'on note .
L'essentiel dans la notion d'isomorphisme est de voir qu'elle rend deux ensembles isomorphes indiscernables, du point de vue de leur structure. Ainsi soient , tel que . et leur unique antécédents respectifs par f. Si , alors donc et . Ainsi on ne peut avoir queavec égalité si et seulement si . On passe ainsi indifféremment de l'ordre sur à l'ordre sur ...
Des membres de la famille présentent une position particulière : les jumeaux ne peuvent commander personne et les parents ne reçoivent d'ordre d'aucun autre membre de la famille. On les appelle respectivement éléments minimaux ou maximaux de E (toujours pour la relation ≤) :
Intérressons-nous à l'ensemble E auquel on retire un des jumeaux, disons Jean. Lorsque l'on prenait l'ensemble de la famile, Pierre ne pouvait se faire commander par son frère, mais dorénavant il doit obéir à tout les autres : on dit que c'est le minimum (pluriel : minima) de E. Le minimum un élément minimal puisqu'il est inférieur à tous ceux auquels il est comparable, mais de plus il est comparable, et donc inférieur, à tous les éléments de l'ensemble ! Dans le même ordre d'idée, si on retire un des parents à la famille, le parent restant est le maximum (pluriel : maxima) de E. On utilise aussi le terme plus général d'extremum (pluriel : extrema).
Remarque : On parle aussi de plus petit élément / plus
grand élément de .
On démontre facilement que le plus petit élément (ou le plus grand) d'un
ensemble est unique (d'où l'article employé). En effet soit et deux plus petits éléments de . Alors étant par définition inférieur à tous les éléments de , on a en particulier . Pour les même raisons, , et par antisymétrie, .
Après l'avoir réduit, élargissons l'ensemble E en ajoutant par exemple des policiers. Comme chacun représente la loi, tous les membres de la famille doivent leur obéir, on dit qu'un policier est un majorant de E. La hiérarchie au sein de la police peut faire qu'un des policiers est sous les ordres de tous les autres : c'est le plus petit des majorants, appelé la borne supérieur. On défini de même un minorant et la borne inférieur
Soit un ensemble partiellement ordonné et . Pour tout élément , on a les définitions suivantes :
Soit un ensemble et une relation sur cet ensemble. On dit que est une relation d'ordre stricte sur si et seulement si elle possède les trois propriétés suivantes :
En effet si pour tout , est faux alors l'implication est vraie. Réciproquement, supposons cette implication vérifiée pour tout . Si il existait tels que , on aurait donc , ce contredit l'irréflexivité de .
Comme on l'a dit, une relation d'ordre strict est souvent notée . On peut de plus indifféremment passer d'une relation d'ordre strict à une relation d'ordre si on défini, pour tous éléments :
En effet supposons d'abord que est muni d'une relation d'ordre . Alors n'est pas possible, ou sinon . De même, de même si on a par transitivité de mais aussi par définition de . Enfin, si , on a par transitivité. Mais de plus on a , ou sinon contredirait l'antisymétrie.
Réciproquement, supposons muni de la relation d'ordre strict . La symétrie de est obtenu directement, puisque . Pour l'antisymétrie, si , alors la conjonction se simplifie en et la seule possibilité est donc . Enfin si et , en analysant tout les cas, on a soit donc , soit les trois sont égaux, soit est égal à un des deux autres, donc . Finalement on a bien .
Prenons pour ensemble de référence E' dont les éléments sont Jean, Camille et leur Père. On est toujours capable de comparer deux éléments de E' : Jean ≤ Jean, Jean ≤ Camille, Jean ≤ Père, Camille ≤ Camille, Camille ≤ Père, Père ≤ Père. On dit que cet ensemble est totalement ordonné.
totalement ordonné si et seulement si
Quand est une partie totalement ordonnée de E, on dit aussi que c'est une chaîne de E. Un ensemble est dit inductif si toutes chaînes possèdent un majorant. Il est dit strictement inductif si ces sous-ensembles possèdent de plus une borne supérieure.
Si est un ensemble non vide inductif alors il possède un élément maximal.
Ce lemme se démontre par l'axiome du choix et lui est même équivalent.
Soit un ensemble partiellement ordonné. On dit que est un bon ordre sur ou que est bien ordonné si toute partie non vide de possède un plus petit élément. On dit aussi que est bien ordonnable s'il peut être muni d'un bon ordre. On comprends aisément qu'un ensemble bien ordonné est totalement ordonné. En effet, si , alors est une partie de et possède un plus petit élément : du coup, soit soit . Parfois, on utilise la relation d'ordre stricte correspondante, comme on le verra pour les ordinaux.
L'exemple de l'ensemble totalement ordonné E' = {Jean, Camille, Père} était aussi un ensemble bien ordonné. Cependant, un ensemble totalement ordonné n'est pas forcément bien ordonné. C'est ainsi que ℤ et ℝ munis de leur relation ≤ classique sont totalement ordonnés sans être bien ordonné. {x∈ℤ / x ≤ -123} et ]0 ; 1] ne possède pas de plus petit élément.
Si , alors on a : segment initial de ⇔
Tout ensemble est bien ordonnable
Tout comme le lemme de Zorn, ce théorème est équivalent à l'axiome du choix. Il pose toutefois le problème de ne pas préciser de relation de bon ordre pour un ensemble donné, mais de se contenter d'affirmer son existence.
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