Démonstration réalisé en (fin de vacances de) terminale par Frédéric WANG
Introduction
- 13 avril 2008 - Un cas particulier de ce théorème pouvant se démontrer
sans utiliser les ordinaux mais par une simple récurrence est le cas ou E est
dénombrable. Un exemple d'une base non triviale
dans un espace vectoriel dénombrable est donné dans les exercices de
prépas.
Le but de cette démonstration est de prouver l'existence d'une base pour un espace vectoriel. La démonstration usuelle qui recourt au Lemme de Zorn, donc à l'axiome du choix est de trouver un système libre maximal, puis de prouver que ce système constitue une base. Nous allons procéder de la même façon, en construisant un système libre maximal mais cette construction est plus "intuitive".
Ainsi si on considère le cas d'un espace vectoriel E à dimension finie, c'est-à-dire engendré par un ensemble G fini, on peut construire une base B de la façon suivant : on prend un vecteur v quelconque de G et {v} est libre, puis on continue en choisissant un deuxième vecteur, un troisième... en s'arrangeant pour que chaque ajout de vecteur laisse le système libre. Comme G est fini, il y a forcément un moment où on ne peut plus ajouter de vecteurs, et en particulier on s'arrête si tout ajout fasse que le système soit lié : on a obtenu notre base B. En effet tout vecteur de G peut s'exprimer comme combinaison linéaire d'élements de B, et comme G engendre E, il en est de même pour B.
L'idée est donc de procéder de même pour un espace vectoriel E quelconque, sauf que l'on ne va pas choisir les éléments dans un système générateur de E, mais dans E lui-même. En effet si on montrais que l'on peut constuire une base à partir d'un système générateur de E, alors on pourrais prendre E lui-même comme système générateur. On va donc choisir à la suite des éléments de E pour former un système libre, or on voit d'une part que l'utisation des nombres ordinaux est pratique pour construire une telle suite, d'autre part que ces choix sont facilités si E est bien ordonnable. Cela nous conduit au théorème de ZF suivant, que nous allons démontrer plus bas :
Théorème
Tout espace vectoriel bien ordonnable possède une base.
Démonstration
Soit (E, +) un espace vectoriel sur un corps (|K, [+], [×]), tel que E soit bien ordonnable, c'est-à-dire qu'il existe une relation d'ordre ≤ sur E tel que (E, ≤) soit bien ordonné. On défini par récursion ordinale la suite suivante :
- B0 = ∅
- Pour tout α ordinal, si X = {v ∈ E \ {0E } | (∀ x ∈ Bα, x < v) ∧ (Bα ⋃ {v} est libre) } ≠ ∅ alors Bα+1 = Bα ⋃ {min(X)}, et Bα+1 = Bα sinon.
- Pour λ ordinal limite,
Proposition 1.1
est une suite d'ensembles croissante pour l'inclusion.
Démonstration
Cela résulte de la définition de la suite : si on ajoute aucun ou un élément pour obtenir Bα + 1 on aura toujours Bα ⊂ Bα + 1. Et de même en prenant une union d'ensembles, on est assuré que tous ces ensembles sont inclut dans leur union.
Proposition 1.2
Toute union d'une suite croissante (pour l'inclusion) de systèmes libres est libre.
Démonstration
Soit une telle suite, et . Soit aussi n un entier naturel et un nombre fini de vecteurs de L tel qu'il existe un nombre fini de scalaires de |K, avec . Chacun des vi appartient à un système libre Lj et le plus grand de ces Lj contient tous les vi. Or ce système étant libre, on a ⇒ ∀ i <n, ki = 0. Et finalement L est lui-même libre.
Proposition 1.3
Pour tout ordinal α, Bα est libre.
Démonstration
Démontrons-le par induction sur α. Pour α = 0, Bα est vide donc aucun vecteur ne peut être combinaison linéraire des autres. Ensuite pour un ordinal α, on a soit Bα + 1 = Bα qui est libre par hypothèse d'induction, soit Bα + 1 = Bα ⋃ {min(X)} qui est libre d'après la définition de X. Enfin, pour λ ordinal limite, alors par hypothèse d'induction et d'après la proposition 1.1, Bλ est la réunion d'une suite croissante de systèmes libres, ce qui implique qu'elle soit libre d'après la proposition 1.2.
Proposition 2.1
Pour tout ordinal α, tout vecteur de E majoré par un élément de Bα est combinaison linéaire d'élément de Bα.
Démonstration
Encore par induction sur α. Pour α = 0, Bα est vide, et la propriété est trivialement vraie. Maintenant pour un ordinal α, soit un vecteur x majoré par un élément de Bα + 1. S'il s'avère que ce majorant est en fait élément de Bα, alors par hypothèse d'induction, il s'exprime comme combinaison linéraire d'élément de Bα donc de Bα+1 comme Bα est inclus dans Bα + 1. Dans le cas contraire on ne peut avoir que x majorée par le vecteur v que l'on a ajouté. Si x = v, alors la propriété est évidente, sinon on voit que Bα ⋃ {x} est liée, ou sinon x ∈ X et x < v ce qui est impossible. Donc il existe {v0, v1, v2... vn } ⊂ Bα et non tous nuls tel que . Or kn n'est pas nul, où sinon cela contredit le fait que Bα soit libre. On peut alors exprimer x comme combinasion linéaire d'éléments de Bα donc de Bα + 1. Enfin supposons λ ordinal limite, alors si x est majorée par un élément v de Bλ, alors il existe α < λ tel que v ∈ Bα. Par hypothèse d'induction, x est combinaison linéraire d'élément de Bα, donc de Bλ.
Proposition 3.1
stationnaire ⇔ il existe deux ordinaux distincts α et β tels que Bα = Bβ.
Démonstration
est stationnaire signifie que il existe un ordinal α, tel que pour tout β ≥ α, on a Bα = Bβ. Donc le sens direct est trivial. Pour la réciproque, supposons par exemple α < β. Alors on a (Bα ⊂ Bα + 1 ⊂ Bβ. Comme Bα = Bβ, on en déduit Bα = Bα + 1. Cela signifie qu'il n'y a pas d'élément v strictement supérieur à tout élément de Bα, tel que Bα ⋃ {v} soit libre. Ainsi tous les termes suivants de la suite seront égaux à Bα, et de même lorsque l'on prend la réunion.
Proposition 3.2
est une suite stationnaire.
D'après la proposition 3.1, cela revient à dire qu'il existe deux termes de la suite égaux. Nous allons le montrer de deux façons différentes, en raisonnant à chaque fois par l'absurde.
Démonstration 1
Si tous les termes de la suite sont distincts, on dispose d'une fonctionnelle qui a tout termes de la suite Bα associe son unique rang α. Alors en utilisant le schéma d'axiomes de remplacement sur l'ensemble {X ∈ ℘(E) | ∃ α ∈ Ord, X = Bα } défini par séparation, on obtient un ensemble contenant tous les ordinaux ce qui contredit le paradoxe de Burali-Forti.
Démonstration 2
On construit par induction ordinale des applications fα : f0 = ∅, fα + 1 = fα ⋃ {(α, min(X))} (ce qui est possible car X n'est jamais vide si on suppose que tout les termes sont distincts) et . Comme tous les ordinaux et termes sont distincts, on voit que ces applications sont des bijections de α dans Bα. E étant bien ordonnable, il est isomorphe à un ordinal γ. Prenons alors δ le plus petit ordinal ne s'injectant pas dans γ. Alors fδ est une bijection de δ dans Bδ. Mais Bδ est inclus dans E, donc s'injecte dedans par l'application identique, et de même E s'injecte dans γ, par un isomorphisme de relation d'ordre. En composant les injections, on obtient une injection de δ dans γ, ce qui est contradictoire.
Remarque : Cette deuxième démonstration exprime l'idée que le cardinal de E pose une limite à la croissance de la suite. Toujours informellement, notre choix de vecteurs pour former des système libres croissant doit s'arrêter, car la taille des systèmes est limitée par celle de E : on a alors un système libre maximal.
Démonstration du théorème
La suite étant stationnaire, on peut trouver un ordinal α, avec pour tout β ≥ α, Bα = Bβ. Montrons que le système Bα constitue une base pour E. Tout d'abord, comme la proposition 1.3 nous permet d'affirmer qu'il est libre, il ne reste plus qu'à montrer qu'il est aussi générateur. On sait déjà par la proposition 2.1 que tout vecteur majoré par un élément de Bα peut être exprimé par une combinaison linéraire d'éléments de ce système. Prenons alors v strictement supérieur à tout élément de Bα. Mais alors Bα ⋃ {v} ne peut être libre où sinon X n'est pas vide et alors on a Bα + 1 = Bα ⋃ {min(X)}, ce qui contredit le fait que la suite est stationnaire à partir du rang α. Donc Bα ⋃ {v} est lié, et comme Bα est libre, on montre par un procédé analogue à celui utilisé dans la démonstration de la proposition 2.1, que v est combinaison linéraire d'élément de Bα. Finalement Bα est libre et générateur : il s'agit d'une base de E. CQFD.
Corollaire (AC)
Tout espace vectoriel possède une base.
Démonstration
L'axiome du choix implique le théorème de Zermelo qui affirme que tout ensemble est bien ordonnable. Ainsi, on peut toujours bien ordonné un espace vectoriel quelconque et appliquer le théorème.
Cette page est conforme aux normes du W3C - Auteur :
Frédéric WANG - Dernière mise à jour : mardi 23 août 2005